L’opinion de Villeneuve : « Le public a toujours aimé les accidents. »

Angélique Belokopytov/ septembre 7, 2017/ Séries/ 0 comments

À la sortie d’un virage Spadois, nous avions rendez-vous avec le franc-parler d’un certain québécois, Jacques Villeneuve. Le pit stop fut long, et pour faire durer le plaisir, cet entretien sera publié en dix parties, tous les jours à 11 heures.

La Formule 1 n’attire pas les foules uniquement par son glamour ou la performance de pilotes. Selon Jacques Villeneuve, la première raison qui attire le public, ce sont les accrochages et le accidents.

  • Il y a une chose fondamentale en Formule 1, ce qui attire en premier le spectateur, ce sont les accidents. Est-ce que ça fait partie du jeu si je peux dire ?

Le public a toujours aimé les accidents, on a toujours regardé des vidéos, même les plus jeunes. C’est humain, c’est triste à dire, mais c’est normal. C’est la partie animale qu’on a en nous. Pourquoi est-ce que la F1 est devenue si populaire dans les années 50-60 ? Parce qu’un fan regardait un Grand Prix en disant « waouw , jamais de ma vie, je serais capable de faire ce que ce pilote fait, de risquer autant et d’être capable de comprendre où est la limite dans ces conditions. Chapeau !» C’est un peu comme regarder des gladiateurs. Il y avait toujours ce moment où il va peut-être perdre la vie. Et ça, c’est très attirant pour eux. C’est triste à dire, c’est même affreux, mais c’est réel, c’est comme ça.

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  • Et aujourd’hui? Cela fait quand même un moment qu’on n’a plus eu d’accident mortel directement en piste. Quand on regarde un peu, depuis Senna en 1994, c’est devenu quelque chose de très rare.

On a encore eu des gros accidents. Les pilotes ne se tuaient plus, mais il y avait le risque. Aujourd’hui, on a même perdu ce risque. C’est devenu tellement sécurité qu’il n’y a plus personne qui vibre. Dès qu’un pilote sort, tu le vois à la réaction des gens, ils se disent juste « ah » sans trop s‘inquiéter. C’est banalisé. Le risque est devenu banalisé. Alors que même dans les années 80-90, il y avait des circuits où tu te disais bien que le pilote, là, il risque de se faire mal, et ça suffisait. Il n’y avait pas besoin d’en venir jusque-là, il fallait juste la sensation que cette possibilité est bien présente et surtout que le pilote est capable de gérer ce risque. Aujourd’hui, c’est tellement rare que même plus personne n’y pense. Même du côté des pilotes : certains se permettent de faire des choses tellement dangereuses sur la piste que j’ai l’impression qu’ils ne se rendent pas compte que c’est dangereux. Sainz par exemple, quand je vois les choses qu’il fait… il faudrait qu’il soit conscient qu’il n’y a pas de bouton « escape » sur la voiture comme dans les jeux vidéo et ils se permettent des choses hallucinantes qui moi me dérangent.

Angelique Belokopytov

About Angélique Belokopytov

Le ronronnement des moteurs m'a bercée depuis ma plus tendre enfance et rythme mon quotidien. Amoureuse de la course et du journalisme depuis des années, vivre de ces deux passions m’apparaît comme une évidence. Comme Schumi l'a dit un jour: “I’ve always believed that you should never, ever give up and you should always keep fighting even when there’s only a slightest chance.”

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