L’opinion de Villeneuve : « Les voitures restent trop faciles à piloter »

Angélique Belokopytov/ septembre 10, 2017/ Séries/ 0 comments

À la sortie d’un virage Spadois, nous avions rendez-vous avec le franc-parler d’un certain québécois, Jacques Villeneuve. Le pit stop fut long, et pour faire durer le plaisir, cet entretien sera publié en dix parties, tous les jours à 11 heures.

La mi-saison passée, Jacques donne son avis sur les monoplaces 2017 ainsi que sur la place des pilotes, jeunes ou expérimentés, dans les décisions concernant les voitures.

  • Tu es assez dur dans ton opinion concernant les monoplaces de 2017, pourquoi ?

Elles vont plus vite, mais elles sont toujours faciles à piloter, beaucoup trop faciles. Tu le vois par exemple à Spa, ils sortent les pneus pluie, et dès le premier tour du week-end, ils passent l’Eau rouge à fond. Ce n’est pas normal, ce n’est même plus un virage du coup, donc il y a un problème : les voitures sont trop faciles à piloter. C’est supposé être un virage que tu appréhendes, que tu vas peut-être faire trois ou quatre fois à fond dans le week-end à condition que ta voiture soit parfaitement réglée et si tu n’as pas peur de le prendre le risque, si tu as confiance. Et ici, ils sortaient en pneus pluie et ils passent à fond dès le début. Ce n’est pas normal. C’est très dommage, mais on est confrontés toujours au même problème : les pilotes doivent rouler en course à l’économie, à cause du moteur et des pneus, parce qu’ils surchauffent. Ils roulent à 80% de la capacité de la voiture. Les pilotes ne peuvent même pas aller chercher la limite, le pneu surchauffe. C’est ça le gros problème. C’est la donne Pirelli. Et surtout maintenant, avec des voitures plus lourdes et plus rapides, c’est encore pire.

  • On a l’impression que l’avis des pilotes concernant la voiture ou le moteur joue moins qu’avant, c’est vrai ?

Je ne suis pas tout à fait d’accord. Des Alonso ou des Vettel, ça sort du lourd et ça impose certaines choses dans le développement d’une voiture. Le problème, ce sont tous les jeunes pilotes qui arrivent, ils n’ont pas l’habitude de travailler. C’est à cause des petites catégories, ils ont le même châssis pendant cinq ou huit ans. Il y a zéro travail à faire, les réglages, ils les ont déjà. Sur les circuits, les pilotes arrivent, ils s’asseyent et ils conduisent. Ils changent peut-être un ressort durant le week-end, il n’y a pas de travail à faire. Donc, ils n’apprennent pas à travailler. Et souvent même, on ne leur demande même pas de travailler : ils arrivent, et on leur dit « tais-toi et conduis », tous les ingénieurs vont faire ce qu’il faut. Du coup, ce n’est même pas que le pilote soit moins important mais on ne veut pas qu’il le soit, ou on l’empêche de l’être. »

 

Angelique Belokopytov

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About Angélique Belokopytov

Le ronronnement des moteurs m'a bercée depuis ma plus tendre enfance et rythme mon quotidien. Amoureuse de la course et du journalisme depuis des années, vivre de ces deux passions m’apparaît comme une évidence. Comme Schumi l'a dit un jour: “I’ve always believed that you should never, ever give up and you should always keep fighting even when there’s only a slightest chance.”

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