L’éclair Brawn GP

Angélique Belokopytov/ mai 23, 2018/ Séries/ 2 comments

SERIE. Ces dernières années, la Formule 1 ne peut se dissocier d’un nom britannique qui a fait son histoire : celui de Ross Brawn. L’actuel directeur technique et sportif de la discipline a marqué le championnat grâce à ses compétences d’ingénieur. Mécanicien, directeur technique ou encore directeur d’écurie, la plupart des voitures et des pilotes qui ont roulé sous sa coupe ont gouté au succès. La série du mois de mai se penche sur les cinq chefs d’œuvre de Ross Brawn.

Après une année sabbatique et un passage écourté en 2008 par la crise économique chez Honda Racing F1, l’infatigable Ross Brawn décide d’encore plus marquer l’histoire de la F1. Le quatrième chef d’œuvre du Britannique se prénomme BGP 001. Un modèle unique puisqu’il n’existera qu’une année mais aura l’honneur de marque la F1 par son histoire.

Une saison catastrophique appuyée par la crise économique force Honda à rompre ses contrats avec la FIA et à mettre la clé sous la porte. Mais Ross Brawn a du flair. Déjà fortement engagé dans le développement de Honda en 2008, il ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Son développement représentait la moitié du budget de l’écurie, c’et-à-dire quelques 199 millions de dollars investis. Brawn voulait « voir la lumière au bout du tunnel », prêt aux plus grand sacrifices. Il ne se voyait pas lâcher l’affaire aussi facilement.

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Malgré les nombreuses offres de rachat, le Britannique sortira favori parmi les repreneurs. Soutenu par quelques autres membres de l’équipe mais aussi par des dirigeants tels que Bernie Ecclestone, il rachète la structure tombante de Brackley et la rebaptise Brawn GP. En un temps record, il travaille sur l’ancienne Honda RA109. Il lui apporte des innovations et installe sous le capot un moteur Mercedes-Benz, concluant un partenariat avec les motoristes les plus puissants du plateau. Si bien qu’en une seule trêve hivernale, la voiture est prête.

 

6 mars 2009 : la naissance.

« La propriété de l’écurie a été transférée à M. Brawn »

Même s’ils y travaillaient depuis quelques semaines, l’annonce se fait presque la veille de la reprise de la saison. Acquise pour une livre sterling symbolique, l’écurie a investi plus de 150 millions de dollars dans la conception de cette nouvelle voiture. Un tel investissement est un comble :  cela fait de cette voiture la monoplace la plus chère du plateau mais aussi celle qui dispose du plus faible budget d’exploitation, puisque Brawn GP est une écurie privée.

Le team annonce ce jour-là son duo de pilotes. Un duo tout droit tiré des restes de Honda Racing F1. Un pilote expérimenté au nom de Rubens Barrichello, qui n’a pas réussi à décrocher les 14 millions nécessaires auprès de son sponsor Petrobras. À ses côtés, il retrouve son ancien coéquipier, Jenson Button, qui accepte de se serrer la ceinture avec l’écurie et voit son alaire réduit à 80%.

©Grand Prix 241

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Ce jour-là, le Britannique prend le volant de la toute nouvelle BGP 001, pour des essais à Silverstone. La voiture est blanche, dénuée de tout sponsor mais elle roule, et elle roule bien. En se hissant hors de son baquet, le Britannique a l’impression que « Brawn GP et Mercedes ont travaillé ensemble depuis une décennie ».

BGP 001, numéro un de la victoire

Trois jours plus tard, la voiture en monocoque moulée en fibre de carbone et d’aluminium en nid d’abeille vient pousser son V8 dans les courbes de Barcelone pour les essais officiels. Toutes les autres écuries réunies ont déjà des kilomètres dans les échappements et on craint de se faire distancer chez Brawn.

« On a mis la voiture en piste et, au bout de trois tours, j’étais six dixièmes de seconde devant tout le monde. C’était aussi simple que ça… » Jenson Button

Le Britannique a scellé le quatrième temps, à la surprise générale. Et les journées suivantes n’iront qu’en s’améliorant. Barrichello s’attribuera le 3e temps le lendemain. Le jour suivant, Jenson boucle 130 tours et dépose même la Ferrari de Massa à plus d’une seconde. Rubens décroche le meilleur temps lors de la quatrième journée. Les séances d’essais à Jerez juste avant la reprise de la saison présentent les mêmes performances. De quoi impressionner Alonso : « On ne sait pas combien d’essence ils embarquent mais nous, même en roulant sans essence, nous n’arriverions pas à faire ces temps. Ils sont un pas devant nous. Leur voiture est très élaborée, aux formes très définies et avec un aileron avant très travaillé, comme la partie arrière ».

Le pilote Espagnol n’évoque pas la quantité d’essence par hasard. Des bruits courent dans le Paddock. Ross Brawn misait tout sur ces essais et les performances qui en ressortiraient : il fallait attirer les sponsors avant de disputer la saison, au risque de manquer les premiers Grands Prix, faute de budget. Mais cela attire également les interrogations des écuries concurrentes qui commencent à soupçonner Brawn GP de tricher sur les quantités d’essence pour améliorer les performances. Ross Brawn ne se laisse pas démonter par ces rumeurs auxquelles il répond calmement : « Même

©reddit

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Mercedes ne voulait pas nous croire quand on leur a parlé du contenu du réservoir. Quand nous avons vu les temps de nos concurrents, nous avons été surpris qu’ils n’aillent pas plus vite ». Il assume ses objectifs et explique que l’écurie est « à la recherche de partenaires sérieux et pour des contrats de longue durée et non pas des sponsors qui veulent se faire une bonne pub parce que la voiture fait de bons temps. » La concurrence est rude en F1 et si ce n’est pas le réservoir qui pose problème, ce sont les nouveaux diffuseurs présents sur la BGP 001. À la veille du Grand Prix d’Australie, plusieurs équipes les jugent non conformes et portent plainte. Après vérification par les commissaires, ils sont validés mais les écuries teams font appel de la décision. Cela permet de faire parler encore plus de Brawn GP, qui séduit Virgin. La marque se joint à l’aventure comme financier, la saison peut démarrer.

Le survol de la saison 2009

Le Grand Prix de Melbourne marquera le ton pour le reste de la saison. Malgré quelques incidents de course et des erreurs de stratégie, les deux pilotes Brawn apportent un doublé historique à l’issue de la course. Ce succès surprend tout le monde et Ross Brawn en premier. Button, qui avait décroché la pole et mené de bout en bout, expliquait : « vous ne voyez pas souvent Ross rester muet, mais durant quinze minutes, je serais surpris qu’il ait dit un mot. Il est venu me voir et m’a fait un câlin d’ours. Comme Bigfoot. Sur le chemin du podium, il n’avait rien à dire. Le gros nounours était sans voix. C’était beau de voir que c’était une journée très émouvante pour lui, comme ça l’est pour nous »

©sportskeeda

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Mais le « Bigfoot » reste pied sur terre, et comme toujours, il en veut plus : il faut améliorer les arrêts aux stands et les qualifications. Le team s’attèle rapidement et y travaille. La saison sera animée entre les coups d’éclats de cette écurie outsider, le duel entre les deux pilotes pour la tête du championnat, la bagarre avec Red Bull pour les constructeurs, ponctuée par quelques problèmes de fiabilité et de gestion des pneumatiques qui laisseront l’ouverture à tous les paris quant à l’issue de cette saison. Malgré tout, Jenson Button prend petit à petit son avance sur son équipier brésilien, qui encore une fois dans sa carrière, loupe le coche de très peu.

Le point culminant de la saison se déroule lors de l’avant dernier Grand Prix de la saison, au Brésil. Tout est en jeu : le titre des constructeurs et le titre de Jenson ainsi que la victoire de Rubens à son Grand Prix national, qu’il n’a encore jamais remporté. Le Brésilien commence fort en décrochant la pole. Suite à un accrochage avec Hamilton pendant la course, sa monoplace souffre d’une crevaison, le Brésilien devra reporter ses espoirs à la saison suivante et n’arrivera que huitième. De son côté, Button termine en cinquième position. C’est suffisant pour remporter le titre de champions et le titre des constructeurs avant même que la saison ne soit terminée.

©Carzi

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La disparition

Cette BGP 001 d’une saison, construite dans des temps records, aura permis de décrocher huit victoires sur dix-sept courses, dont cinq pole positions, et remporter deux titres. C’est une vraie consécration. La F1 a réellement été frappée par la foudre Brawn GP. En un éclair, elle est apparue comme elle a disparu, emportant tout sur son passage. Elle souligne encore plus que Ross Brawn fait partie de l’histoire de la F1, le Britannique ne cesse jamais de transformer en or tout ce qu’il touche.

À la fin de cette saison, Rubens part pour Williams et Button signe chez McLaren. L’écurie est rachetée à un peu plus de 75% par son propre motoriste qui la renomme Mercedes Grand Prix. Les fondateurs Brawn et Fry conservent une partie en tant qu’actionnaires. Mais Mercedes ne veut pas faire table rase du passé, loin de là. La future livrée sera développée sur base de la BGP 011 et Ross Brawn est nommé directeur général. Le Britannique est infatigable, il se réjouit d’avoir un nouveau défi entre les mains.

Angélique Belokopytov

About Angélique Belokopytov

Le ronronnement des moteurs m'a bercée depuis ma plus tendre enfance et rythme mon quotidien. Amoureuse de la course et du journalisme depuis des années, vivre de ces deux passions m’apparaît comme une évidence. Comme Schumi l'a dit un jour: “I’ve always believed that you should never, ever give up and you should always keep fighting even when there’s only a slightest chance.”

2 Comments

  1. J’ai beaucoup de respect pour Ross Brawn, c’est un pilier dans l’évolution de la f1 moderne. Bel article et la série est sympa !

    1. Merci ! 🙂 il y aura un dernier épisode disponible mercredi prochain !

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