Crépuscule italien sur la nuit noire de Mercedes à Singapour

Angélique Belokopytov/ mars 15, 2017/ Au volant des courses/ 0 comments

[Article du 20 septembre 2015 ]

La mythique ville de Singapour a accueilli sous son drap nocturne un Grand Prix qui a mérité le feu d’artifice final. À l’image des explosions colorées clôturant la course, les qualifications avaient déjà présagé du suspense, des surprises et un podium haut en couleur. La Cité-État de la chaleur et de l’humidité a offert un cadre complètement renversé : une course de nuit, les leaders dans le fond, et un piéton sur la piste.
Les Flèches d’Argent voient rouge

L’écurie allemande a sué. Tout le long du week-end, Mercedes a souffert. Non seulement dépassée un manque de rapidité inexpliqué, mais également par les bolides italiens et autrichiens, plus rapides et étonnement plus compétitifs. Pas un jour pour rattraper l’autre : les essais libres et les qualifications ont presque été la meilleure partie de leur arrêt à Singapour. La course, quant à elle, sort l’équipe allemande de leur routine dominatrice. Mais elle rappelle que même les équipes les plus compétitives ne sont pas à l’abri de soucis de fiabilité.
Avortement du champion. On a vu Lewis aux essais, on l’a vu aux qualifications, on a cru à un moment de faiblesse qui allait se retourner en un coup de force dimanche. Le numéro 44 a vécu une dégringolade comme on n’avait plus l’habitude de voir. Le manque de vitesse le coupant de son agressivité habituelle, Hamilton a subi. On pensait qu’il ne ferait qu’une bouchée de Kvyat au départ. Il a essayé de tenir la route, mais son bolide n’a pas suivi. Au 26e tour, un problème mécanique est survenu. Le temps d’en découdre, le pilote a rapidement été relayé à la 16e place avec plus de 74 secondes de retard sur Vettel. À ce moment, il est évident qu’il peut dire « bye bye » à la moindre chance de victoire, et même de marquer le moindre point à Marina Bay. Après six tours de torture, il décide alors d’abandonner, afin de préserver son moteur. Ce n’est qu’après le Grand Prix que l’équipe a pu déterminer ce qui a provoqué cette perte de puissance. Et l’origine est d’autant plus frustrante, c’est ce qu’on appeler l’effet papillon: « Il s’agit d’une petite pièce en métal, quelque chose de vraiment insignifiant« , explique Toto Wolff. « Même si son coût ne doit pas dépasser les 5 euros, la casse de cette pièce a été lourde de conséquences puisque la pression du turbocompresseur ne pouvait plus être maintenue. » Il reste malgré tout un point positif: le groupe propulseur de la monoplace n’a pas été endommagé. Premier coup dur depuis Monaco pour Lewis, et premier abandon depuis Spa 2014. Le Japon risque de chauffer sous des coups d’accélérateur britanniques.

 

Rosberg, inquiet. Malgré les circonstances de course qui lui ont été favorables, l’Allemand n’a pas réussi à tirer son épingle du jeu. Dominé aux qualifications comme d’habitude par son équipier, il n’a pu le devancer en course seulement quand le britannique s’est vu amputé de sa voiture. Nico confiait avant le GP son inquiétude concernant le rapprochement de Vettel dans le classement, le voilà encore plus servi. Ce week-end, Rosberg en a vu de toutes les couleurs ! À commencer par l’annonce de l’utilisation de son quatrième et dernier moteur pour les sept Grands Prix restants. Ensuite, dimanche, petite frayeur au départ avec une alerte technique au tour de chauffe, heureusement sans conséquences. La fin de course était difficile pour le pilote allemand, qui n’a pas eu l’occasion d’aller chercher Raikkönen : « Ce n’était pas agréable vers la fin, c’était vraiment dur car c’était extrêmement chaud et on n’a pas le temps de se détendre car c’est virage après virage, et c’était tellement long ; deux heures et quatre minutes je crois? Je ne sais pas s’ils étaient en train de prendre un café et ont oublié le drapeau à damier, mais c’était très long. » Il termine à la 4e place, légère consolation de 12 points lui permettant à peine de se rapprocher d’Hamilton.
Les Bulls

Les Red Bull n’ont cessé d’impressionner. À commencer par la prestation de Kvyat en essais libres vendredi, qui a immédiatement donné le ton pour le week-end. Ensuite, les qualifications n’ont fait que confirmer la présence des deux « Dany » sur le terrain, devançant les Mercedes sans trop de difficultés. La course, quant à elle, a été plus difficile pour Kvyat, qui n’a pas été un obstacle de longue durée pour Flèches d’Argent, sans parler de son deuxième arrêt aux stands qui lui a fait perdre des secondes précieuses. Le Russe termine finalement à une satisfaisante 6e place, avec cependant un goût de trop peu.

Jeunes Toro. Max Verstappen, partant d’une 8e place, n’a pu démarrer au moment où les feux se sont éteints. Croyant déjà un premier abandon dès les premières secondes, le jeune pilote a finalement pu repartir des stands avec un tour de retard, qu’il rattrapera rapidement et remontera à la 11e place, suivi de près par son équipier Sainz. Les deux rookies entrent alors dans les points, dépassant chacun à leur tour Romain Grosjean, Carlos manquant de l’envoyer dans le décor. Il tiennent leur rythme de course jusqu’à être bloqués derrière la Force India de Perez. Le jeune Max, en boulet de canon, ne voulait pas en rester là. C’est sans compter sur une demande radio de son team lui ordonnant de laisser passer Sainz, qui lui fit cracher un virulent « No ! ». Une réaction qui a déçu son coéquipier, qui souhaitait plus de fair play et de retour positif, puisque lui-même a déjà dû céder sa place à Verstappen. Mad Max a été soutenu dans sa décision par son mentor Jos, qui a déclaré que si son fils avait laissé passé Carlos, il « lui aurait donné un coup dans les coui***. » Quoi qu’il en soit, Marina Bay va bien au jeune Max, qui a pu une nouvelle fois démontrer que malgré son âge, il a les « balls » de se battre en F1 comme il se doit.
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Balancier entre les anciens coéquipiers

Quand deux copains se rencontrent après un moment de séparation, ils jouent ! Ricciardo et Vettel se sont retrouvés réunis comme au bon vieux temps, et ne se sont pas laissé un instant de répit. Mais la domination Allemande a été incontestable. Les deux se sont chamaillés, se renvoyant la balle, à voir qui frapperait le plus fort. En première partie de course, Vettel prend de l’avance, puis se stabilise afin de conserver ses pneus, Ricciardo en profite alors pour revenir, c’est alors que la Safety Car entre en jeu, relançant les dés arbitrairement. Et c’est reparti pour le même schéma plusieurs fois. En deuxième partie de course, c’est la bataille des tours les plus rapides entre les deux ex-équipiers. Finalement, Vettel a assuré une suite à sa pole avec une victoire sur un classique « Forza Ferrari ! » à l’arrivée. Il est suivi d’un Daniel encore plus souriant, à la seconde place sur un podium qu’il cherche à obtenir depuis plusieurs courses déjà. Le pilote allemand rejoint la troisième place dans le classement des pilotes ayant le plus de victoires, Schumacher étant à la première place, et Prost à la seconde.

Iceman a eu du mal

Une course ne se fait pas sans un trio de tête et c’est le coéquipier de Vettel qui le complète. Discrètement mais sûrement, le Finlandais a assuré sa course du début jusqu’à la fin. Une course propre, avec un rythme régulier, presqu’à son image d’Iceman, mais quelque peu décevante par le manque d’agressivité dont il a fait preuve. « Hier, j’avais vraiment du mal pour une raison qui nous échappe encore, j’étais surpris de finir troisième des qualifications. J’ai de nouveau eu du mal aujourd’hui. Je n’avais aucune chance de remporter ce Grand Prix ou même de terminer deuxième pour offrir le doublé à Ferrari. » Quoi qu’il en soit, Kimi ajoute une touche italienne de plus sur le podium, agrémentée même d’un léger sourire. De quoi ravir Arrivabene, qui rêvait de trois podiums pour sa Scuderia cette saison. Nous pouvons le dire : objectif accompli !
Hulkenberg a justement porté son surnom

Mais qu’est-il arrivé à Nico ? Se serait-il soudainement transformé en Hulk à la vue de Massa pouvant potentiellement prendre sa place ? Quoi qu’il en soit, que ses intentions soient bonnes ou pas, l’Allemand n’a pas suffisamment laissé la place au Brésilien qui sortait des stands, la collision était inévitable. Il en a payé le prix cher : après un léger vol plané mariant sa Force India avec le mur et signant la fin de la course, Hulk se voit infliger une pénalité de trois places pour le prochain Grand Prix qui se déroulera au Japon, la semaine prochaine. Massa, à partir là, a préféré la Pit Lane à la piste. Revenant rapidement aux stands après l’incident avec un pneu crevé, il y repassera peu de temps après mais sans marquer d’arrêt pour terminer quelques instants plus tard sur un abandon. Soulignons que Bottas sauve de justesse l’honneur de Williams en signant une 5e place et ramenant de précieux points à l’écurie.
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Surprises

Tour de piste à pied. La Safety Car (virtuelle et physique) est sortie plusieurs fois comme on pouvait s’y attendre sur un tel tracé. Elle a été sollicitée pour divers accrochages, mais aussi, plus surprenant, pour un homme qui a n’a pas trouvé mieux que de s’aérer les poumons en bord de piste. Le jeune homme de 27 ans, en short et décontracté, s’est promené le long du tracé jusqu’à atteindre un trou dans la grille et retourner du côté sécurisé du mur. Malgré le comique de la situation, le danger est réellement présent, et le visiteur a été arrêté par la police après la course. Ce dernier a justifié sa présence en disant qu’il souhaitait conduire un des bolides italiens. L’incident est désormais sous investigation.

Maldonado termine la course. Le Vénézuélien cumule huit abandons à son compteur, on désespérait à le voir terminer une course. Mis à part une touche avec Jenson Button qui a poussé le britannique à se retirer de la course, Pastor a tenu le rythme et termine 12e, laissant Lotus rentrer bredouille, puisque Grosjean s’est vu garer son bolide dans les stands avant la fin du Grand Prix. Malgré tout, le retour de Maldonado à la normale a visiblement rassuré l’équipe, puisque quelques heures après le drapeau eà damier, Lotus a déclaré signer avec le pilote pour 2016.

Lotus F1 Team is happy to confirm @Pastormaldo for 2016: http://t.co/GqrZPLZMZ0 pic.twitter.com/3pzglsIPTq

— Lotus F1 Team (@Lotus_F1Team) 20 Septembre 2015

Un Américain en piste. Alexander Rossi, 2e au classement GP2, a été convoqué par Manor, afin de rouler à la place de Roberto Merhi pour cinq Grand Prix sur les sept restants. Le jeune Alexander avait déjà roulé en tant pilote-essayeur pour Marussia et est heureux de rejoindre à nouveau l’équipe. «J’adore le circuit de Singapour. C’est le meilleur endroit pour effectuer mes débuts. Je remercie Manor pour cette opportunité et pour le fait d’avoir continué à croire en moi. J’ai été préparé à mes débuts en course depuis pas mal de temps. Certains dans l’équipe me connaissent depuis 2014 et j’ai une bonne relation avec eux et un sentiment de travail à achever… »  Merhi reprendra son volant quand Rossi devra disputer des courses en GP2, en Russie et à Abu Dhabi. On n’avait pas vu un Américain au volant d’une monoplace en F1 depuis Scott Speed en 2007, qui roulait à l’époque pour Toro Rosso. Malgré des débuts chaotiques (il a envoyé la Manor dans les rails lui coutant 5 places de pénalité) il a tout de même dominé son nouvel équipier, Will Stevens, ce qui signe un bon début.
Singapour a donc offert des rebondissements, dominé par le trio rouge-mauve des qualifs à la course. Mercedes s’est à moitié inclinée, un genou à terre, mais ce n’est pas suffisant pour la détrôner. Les débuts asiatiques ont en quelques tours évincé des champions tels que Button, Alonso ou encore Hamilton permettant à d’autres de s’affirmer. Il est vrai que ces circonstances n’ont pas fondamentalement bouleversé le classement, mais elles permettent de relancer les pronostics. Rien n’est gagné ou perdu d’avance, il reste encore six Grands Prix, durant lesquels tout peut encore se jouer. Le Japon attend déjà impatiemment le rugissement des moteurs et est prêt à rassasier toute soif de victoire.

 

Angélique BELOKOPYTOV

Photo Credits: Fia site, "Formula 1 2015" Facebook page
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About Angélique Belokopytov

Le ronronnement des moteurs m'a bercée depuis ma plus tendre enfance et rythme mon quotidien. Amoureuse de la course et du journalisme depuis des années, vivre de ces deux passions m’apparaît comme une évidence. Comme Schumi l'a dit un jour: “I’ve always believed that you should never, ever give up and you should always keep fighting even when there’s only a slightest chance.”

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